Semaine Mondiale pour l’Allaitement Maternel 2009 :

 

 

trois grandes rencontres à Nantes

 

 

« L’allaitement maternel : un atout en situations de crise », c’était le thème de la Semaine Mondiale pour l’Allaitement Maternel (SMAM), organisée du 12 au 18 octobre 2009 par la Coordination Française pour l’Allaitement Maternel (CoFAM). (www.coordination-allaitement.org)

S’il colle à l’actualité, ce sujet souligne surtout les multiples avantages que représente l’allaitement maternel en cas de difficultés, qu’elles soient d’ordre personnel (déstabilisation des parents à la naissance, isolement parental, tensions…), médical (prématurité, allergies, maladie…) ou économique (conciliation travail-famille, baisse du pouvoir d’achat, précarité sociale…). Développement des liens parents-enfants, mise en confiance maternelle, renforcement immunitaire du bébé, protection contre les allergies, praticité, gratuité… : si l’allaitement maternel constitue une condition de survie dans de nombreux pays fragilisés, il se révèle aussi un atout de taille dans nos sociétés développées, en situations de crise ou d’urgence comme en périodes stables et sereines.

 

A Nantes, trois temps forts ont permis aux parents, futurs parents, professionnels de santé et de la petite enfance, de se rencontrer et d’échanger, sur l’allaitement maternel et les dernières connaissances en la matière.

 

 

 

Dimanche 11 octobre 2009 : la Grande Tétée

 

 

 

A Nantes, la Grande Tétée 2009 a réuni une cinquantaine de maman et autant d’accompagnateurs.

 

 

En ouverture de la SMAM, la quatrième édition de la Grande Tétée a mobilisé les associations d’aide à l’allaitement maternel, comme La Leche League (LLL), dans près de 70 villes en métropole et outre-mer, pour un rendez-vous commun autour de « L’allaitement : un allié pour la parentalité » : toutes les mamans étaient invitées à venir en famille avec leurs enfants allaités, pour partager un moment d’information et de convivialité… et une tétée simultanée ! Futurs parents et professionnels de santé comme de la petite enfance étaient également conviés.

 

 

Cette année, la Grande Tétée a réuni 2 400 mamans allaitantes et 2 800 visiteurs au total. A Nantes, une cinquantaine de mamans et bébés, et environ le même nombre d’accompagnateurs, avaient répondu à l’appel. Un stand d’information et la présence d’animatrices ont permis de répondre aux multiples questions concernant l’allaitement maternel. Cette manifestation était aussi l’occasion de mettre en valeur cette pratique en toutes circonstances : en famille, au travail, à l’extérieur…

 

 

Samedi 7 novembre 2009 : conférences, débats, forum

 

 

Elle fête cette année son 30e anniversaire en France : depuis trois décennies, (cinq à l’international), La Leche League, association d’information et de soutien pour l’allaitement maternel, accompagne les mères et s’adresse aux professionnels. Pour sa huitième édition, LLL Loire-Atlantique organisait, en partenariat avec la Caisse d’Allocations Familiales de Loire-Atlantique, le Conseil Général de Loire-Atlantique et la Ville de Nantes, une demi-journée d’information gratuite et ouverte à tous, avec ou sans enfant.

 

 

 

« Nourrir son bébé : priorité à l’allaitement maternel » : non seulement le lait maternel est primordial dans les premiers mois de vie, mais son intérêt persiste complètement et longuement en parallèle d’une autre alimentation. Ses bénéfices sont multiples sur les plans de la santé, mais aussi du développement psychomoteur, de la logistique et même de la relation affective.

 

 

Carlos González, pédiatre,

 

expert de l’allaitement maternel.

 

L’édition 2009 a réuni plus de 400 personnes. L’association avait à nouveau invité un expert de l’allaitement, Carlos González, pédiatre, auteur de nombreux livres et membre du conseil médical de La Leche League International. Il a échangé avec le public dans le cadre de deux interventions : l’une sur la diversification alimentaire, l’autre sur les besoins affectifs de l’enfant.

 

 

 

· Diversification alimentaire en toute liberté

 

Tout comme l'allaitement, l'alimentation complémentaire peut aussi se faire à la libre demande. Si l'enfant de deux mois sait quand et combien il doit manger, celui de neuf mois le sait aussi. La même chose que mange sa famille, sans purées, sans calendriers, sans mesurer les quantités. En mangeant volontiers, avec ses mains, en liberté.

 

 

Tels sont les messages essentiels délivrés par Carlos González, balayant ainsi quelques mythes qui ont la vie dure :

 

. Non, l’enfant qui tétait jusque-là à la demande et était capable de prendre ce dont il avait besoin pour grandir, cet enfant ne devient pas sot dés lors qu’il est diversifié, au point que l’on doive décider pour lui des quantités d’aliments à ingérer : il continue de savoir manger les quantités qui conviennent à son appétit et sa morphologie, notions par ailleurs très variables d’un enfant à l’autre. La préoccupation sur l’éventuel manque d’appétit de l’enfant est d’ailleurs récente.

 

. Non, le lait maternel ne cesse pas d’être nourrisant : son apport calorique notamment reste supérieur à celui de nombreux aliments et la poursuite de l’allaitement en parallèle de la diversification est tout à fait justifiée.

 

. Non, le bébé ne prendra pas plus de poids avec les solides : un nouveau-né allaité exclusivement grossit proportionnellement plus qu’un bambin qui consomme aussi bouillies, viandes, légumes et fruits.

 

. Non, il n’est pas nécessaire de donner de la soupe : malgrès leurs qualités nutritionnels réelles, les fruits et légumes sont bien moins caloriques que d’autres aliments que l’enfant préfère souvent, tels que riz, pâtes, pommes de terre ou viandes.

 

. Un seul point mérite vigilance : l’apport en fer, dont le lait maternel est pauvre, mais qui s’absorbe bien, exactement à l’inverse de celui du lait de vache. Certains bébés peuvent épuiser leurs réserves vers le milieu de leur première année.

 

Aucun fondement scientifique ne permet de dire quelle quantité de quel aliment un enfant doit consommer à quel âge. L’enfant est le mieux placé pour savoir ce dont il a besoin et pourra se diversifier librement, à partir de 6 mois, en consommant les mêmes aliments que sa famille, plutôt qu’une nourriture spéciale. Même s’il goûte de tout au début, puis réduit cette variété à partir de 18 mois, c’est normal et cela se régulera. L’autonomie est aussi à privilégier sur le plan matériel : tenir sa cuillère seul ou se débrouiller avec ses mains, avaler des petits morceaux, boire dans une tasse à anses sans bec… En matière de diversification, les grands principes à retenir sont : introduction d’un seul aliment à la fois, en petite quantité, après le sein, sans ordre particulier et sans contraindre l’enfant, avec poursuite de l’allaitement jusqu’à deux ans ou plus.

 

Les clefs pour laisser ce libre choix s’épanouir harmonieusement : comme pour l’allaitement, être toujours à l’écoute de son enfant ; et préserver sa dignité en ne le forçant jamais.

 

 

Une référence recommandée :plaquette « Starting to spoonfeed your baby » - Health promotion unit – Department of health and children – www.healthpromotion.ie - Irlande

 

 

· Les besoins affectifs de l’enfant

 

 

Les enfants demandent de l'attention continuelle, du contact physique. Ils ne veulent pas rester seuls, dormir seuls ; ils pleurent en exigeant la présence de leur mère. Ce n'est pas une mauvaise habitude, mais une conduite complètement normale, l'expression d'un besoin.

 

 

Comme les autres experts de l’allaitement maternel, Carlos González souligne une évidence trop souvent oubliée : l’être humain est un mammifère, et à ce titre, le petit d’homme a besoin d’une proximité physique avec sa mère. Avec une différence importante cependant : si certains mammifères sont capables dés la naissance de marcher et suivre leur mère (le veau, l’agneau, le faon…), si d’autres vivent en terrier et se protègent en restant silencieux lorsque leur mère s’éloigne (le lièvre par exemple), le bébé est un cas particulier : capable de faire ses premiers pas vers 12-18 mois, il aura encore beaucoup besoin d’être porté jusqu’à 3 ans, âge auquel seulement il devient « marcheur » (seul, longtemps…). Autre type de proximité : le partage du lit ou de la chambre pour dormir, conditions favorables pour allaiter, mais aussi tout simplement rassurer l’enfant, et habitude ancestrâle. La notion de lit séparé et chambre à part, dans nos sociétés, est une expérience unique et très récente dans l’histoire de l’humanité. La séparation de la mère et de son enfant est le fruit de notre civilisation. Dans les sociétés traditionnelles, la mère participe avec son petit à la vie sociale, culturelle, religieuse… quotidienne !

 

Le premier attachement de l’enfant est celui qu’il a avec la mère. Toutes les autres relations viendront par la suite. Or une relation primaire de qualité est une condition incontournable de bonnes relations secondaires ensuite. De plus, un enfant qui pleure exprime un besoin à combler, physique et / ou affectif. Laisser un enfant pleurer n’est pas sain. Outre le fait qu’il finirait par se résigner durablement au silence, avec toutes les frustrations nocives que cela implique, les pleurs ne sont pas propices à son développement : ses cris l’empêchent d’entendre, ses yeux fermés ne lui permettent pas de voir et sa position recroquevillée n’est pas propice au toucher et à la motricité.

 

Le maître mot pour accompagner le développement des enfants : non pas «éduquer », mais « aimer » !

 

 

En introduction de ces conférences, La Leche League Loire-Atlantique accueillait James Akré, spécialiste pendant 25 ans à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et présent lors de la consitution de LLL France il y a 30 ans. Après avoir retracé le chemin considérable effectué par l’association et l’allaitement depuis trois décennies, il a resitué l’allaitement maternel dans le contexte social actuel. Allaitement, portage et maternage semblent « dans l’air du temps », mais leurs bienfaits concrets et réels ne sont pas toujours connus avec précision.

 

 

Enfin, en parallèle de ces interventions, le forum permettait aux participants de rencontrer différents partenaires, acteurs associatifs, institutionnels et privés, du maternage (naissance, allaitement, portage…).

 

 

 

 

Point presse :

 

échanges entre intervenants, organisateurs et journalistes.

 

 

 

 

 

Danielle Ortais, animatrice LLL,

 

présente les deux conférenciers, Carlos González et James Akré.

 

 

 

 

 

Dimanche 8 novembre 2009 : les Rendez-vous Allaitement

 

 

 

Profitant de la présence des deux experts internationaux, Carlos González et James Akré, la Leche League de Loire-Atlantique proposait une demi-journée de formation aux animatrices du département et de la région, et l’ouvrait pour la première fois aux professionnels de santé et de la petite enfance. Une formule pertinente, à en juger par la participation : 20 animatrices, 12 professionnels pour ces premiers Rendez-vous Allaitement nantais. Deux thèmes ont été abordés :

 

 

 

· L’interprétation des courbes de poids des bébés allaités

 

par Carlos González

 

 

Les courbes de poids des bébés allaités font souvent l’objet d’une interprétation discutable. On se base sur des moyennes statistiques et donc la moitié des enfants en bonne santé se situent au-dessous de la moyenne nécessairement.

 

 

A travers de nombreux cas concrets, Carlos González rétablit plusieurs vérités concernant l’utilisation des courbes de poids :

 

 

- Tous les poids ne sont pas normaux : trop souvent des diagnostics de problèmes de poids sont posés sans raison ; mais à l’inverse, une prise de poids insuffisante peut révéler un problème d’allaitement ou une maladie du bébé.

 

- Les courbes de poids ne sont pas rectilignes : il est normal qu’un enfant ne grossisse pas de la même façon tous les mois. L’essentiel est le rapport poids / taille, tout en tenant compte de la morphogie dont l’enfant a pu hériter de ses parents.

 

- La moitié des enfants sont en dessous de la moyenne : c’est le propre d’une moyenne statistique, elle se situe au milieu de la population étudiée ! Il n’est donc pas anormal de se situer au-dessus ou en dessous de cette moyenne.

 

- Les courbes de poids ne sont pas des normes mais des références : elles permettent de situer le poids d’un enfant par rapport à un autre du même âge, mais elles ne déterminent pas le poids qu’il devrait avoir.

 

- De fait, le poids ne permet pas d’établir un diagnostic pathologique, il représente seulement un paramètre parmi d’autres. Dés lors, se pose la question de la pertinence d’un contrôle de poids systématique. Il pourrait être envisagé de ne peser que les enfants qui semblent avoir un problème (de même que l’on ne prend la température que des enfants qui paraissent fiévreux).

 

 

 

 

 

· L’allaitement : choisir ou ne pas choisir ? Telle n’est pas la question !

 

par James Akré

 

 

Contrairement aux idées souvent véhiculées, ce ne sont pas les mères qui allaitent — ou pas — mais les sociétés et les cultures entières ! Tour d’horizon sur le choix, ou le non-choix, auquel sont confrontées les femmes en France comme ailleurs dans le monde, à travers une expérience internationale de quatre décennies.

 

 

A quelques rares exceptions près, toutes les mères aiment leurs enfants et veulent ce qu’il y a de meilleur pour eux. Or sur le plan alimentaire, « le meilleur » est une valeur culturelle. Ce sont donc les cultures et les sociétés en bloc qui sont responsables de l’élaboration et de la perpétuation d’un système de valeurs complexe dont résulte le taux d’allaitement des femmes et enfants qui en font partie.

 

 

Finalement, on ne choisit pas d’allaiter selon des critères soigneusement établis. On réagit de la façon dont nous avons appris à le faire. Même si l’allaitement est présenté comme une décision intime de la jeune maman, c’est en fait un « choix qui s’impose » par le vécu de celle-ci. C’est pourquoi, pour développer l’allaitement, il est nécessaire de faire évoluer les mentalités en tenant compte globalement de tous les aspects de nos sociétés.

 

 

 

 

 

Animatrices LLL et professionnels

 

réunis pour un temps de formation privilégié.

 

 

L’essentiel sur :

 

 

· L’allaitement : un atout de départ dans et pour la vie

 

En raison des bienfaits innombrables de l’allaitement (pour le bébé, la maman, leur entourage et la société toute entière !), les recommandations prônées par les textes officiels de l’OMS, l’UNICEF, la WABA (World Alliance for Breastfeeding Action), l’HAS (Haute Autorité de Santé) et le PNNS (Plan National Nutrition Santé) sont unanimes : un allaitement au sein exclusif jusqu’à l’âge de six mois, suivi par l’introduction d’une alimentation complémentaire appropriée, en parallèle avec la poursuite de l’allaitement jusqu’à l’âge de deux ans ou au-delà, selon la volonté de la mère et de l’enfant.

 

 

· La Grande Tétée : une manifestation originale au succès grandissant

 

A l’origine, un record et une photo qui a fait le tour du monde en 2006 : près de 4 000 mères rassemblées à Manille, aux Philippines, pour une tétée simultanée, afin de sensibiliser l’opinion. Le concept est repris en France, relayé sur le plan associatif, avec l’aide des professionnels de santé et de la petite enfance. La participation est croissante : 15 villes participantes en 2006, 35 en 2007, 56 en 2008. Les objectifs de cette rencontre : constituer des réseaux d’entraide, fournir une information fiable sur l’allaitement maternel, mettre en valeur cette pratique et moderniser son image. Allaiter, sortir et travailler sont tout à fait compatibles ! www.grandetetee.com

 

 

· La Leche League : 30 ans d’aide pour l’allaitement maternel

 

Depuis 30 ans en France, les mamans de La Leche League (LLL), qui ont elles-mêmes allaité leurs enfants et ont reçu une formation technique et relationnelle, accompagnent bénévolement les autres mères, par téléphone, internet et lors de réunions. De la naissance à la fin de l’allaitement, toute maman peut rencontrer des difficultés ou simplement se poser des questions sur la façon dont elle doit nourrir et s’occuper de son enfant. Elle trouvera écoute, information, conseil et soutien auprès de l’association. LLL s’adresse aussi aux professionnels de santé et de la petite enfance et diffuse également ses informations à travers publications et manifestations.

 

Cette organisation internationale a fêté ses 50 ans en 2006, et est aujourd’hui présente dans près de 70 pays. Elle travaille en collaboration avec l’Unicef et l’OMS. En France, elle existe depuis 1979 et compte actuellement plus de 200 antennes locales sur le territoire. LLL France édite deux revues trimestrielles, Allaiter aujourd’hui et Les Dossiers de l’allaitement. Elle assure des formations dans plus d’une centaine d’établissements (maternité, néonatalogie, Protection Maternelle et Infantile - PMI…). www.lllfrance.org

 

· Carlos González : expert en allaitement maternel

 

Licencié en Médecine à l’Université Autonome de Barcelone, Carlos González s’est formé comme pédiatre à l’Hôpital San Joan de Deu à Barcelone. Fondateur et président de l’association catalane pour l’allaitement maternel, il a participé à la formation de professionnels de santé sur l’allaitement et traduit divers livres en lien avec ce sujet. Il est consultant sur l’allaitement maternel pour la revue « Ser Padres »Etre Parents »). Ses ouvrages : « Mi nino no me come » (« Mon enfant refuse de manger ») ; « Besame mucho » (« Embrasse moi beaucoup : Comment élever les enfants avec amour ») ; « Un regalo para toda la vida : guia de la lactancia materna » (« Un cadeau pour toute la vie : guide de l’allaitement maternel »).

 

 

· James Akré : spécialiste pendant 25 ans à l’OMS

 

Après avoir consacré 25 années de sa carrière au département nutrition de l’Organisation Mondiale de la Santé, et été dans ce cadre régulièrement porte-parole de l’OMS lors de congrès internationaux, James Akré est actuellement membre du Conseil d’Administration International des Consultantes en Lactation. Auteur du livre « Le problème avec l’allaitement, une réflexion personnelle » (2006), publié en français fin 2009, et de nombreux textes tels que « L’alimentation du nourrisson : les bases physiologiques » (1990), James Akré a aussi participé à la rédaction et la mise en application de cadres de références sur le plan nutritionnel : Code international de commercialisation des substituts de lait maternel, Dix conditions pour le succès de l’allaitement maternel (base de l’initiative Hôpital Ami des Bébés), Stratégie mondiale pour l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant...

 

 

 

En France,

 

La Leche League soutient depuis 1979 les mères qui allaitent.